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Vivre avec les Tsaatans de Mongolie

juin 02, 2016 / by / 0 Comment

Dans l’article précédent je vous racontais comment notre séjour chez les Tsaatans de Mongolie s’était déroulé. Aujourd’hui je vais vous expliquer dans ce long article ce que nous avons bien pu faire à leurs côtés, au beau milieu de la Taïga.

A tous ceux qui souhaite savoir « Comment faire pour aller voir les Tsaatans ? », veuillez vous référer à cet article.

 

La Vidéo

 

Et voici la fameuse vidéo pour ceux qui ne l’ont encore pas vu. Notre séjour avec les Tsaatans en images. Enjoy !

 

 

Une journée type chez les Tsaatans

 

Entre chaque transhumance (6 à 7 chaque année), les journées de ce peuple nomade se suivent et se ressemblent plus ou moins. Voici à quoi cela peut ressembler.



8h30 : Debout là-dedans

Après une nuit où les températures sont descendues très bas, enfin assez pour pouvoir geler notre bouteille d’eau de 5L à l’intérieur du tipi, il faut réussir à sortir du lit. Chaque jour, notre lit accueille les personnes qui viennent rendre visite à nos hôtes. Et leur lit sert de plan de travail pour cuisiner. 
On se doit donc de ranger toutes les affaires et les couvertures pour pouvoir accueillir du monde.
C’est aussi plus pratique pour prendre les morceaux de viande qui sont sous les rondins de bois qui constituent notre lit. C’est ça la petite odeur que vous pouvez sentir quand vous êtes chez eux.

Ensuite il faut enchaîner avec le fameux thé Tsaatan. De l’eau et du thé. Jusque là tout va bien. Mais on ajoute à cela du sel (la tête que vous faites que voyez qu’ils mettent du sel c’est la tête qu’ils font quand on leur dit qu’on met du sucre) ainsi que du lait de renne qui traîne dans un bidon depuis un petit moment.
C’est un peu comme la première fois quand ta mère te fait des pâtes à 6h le matin parce que t’as une course de ski. Ca passe moyennement bien, surtout au réveil. Mais on s’habitue. Il y aussi a le « pain de la Taïga » pour tremper dedans, et dans les bons jours ils nous paient le lait concentré.

9h30 : L’heure de la promenade pour les rennes

Une fois bien réveillés, il faut monter lâcher la petite centaine de rennes qui composent le cheptel des 10 familles du camp. Tous les jours de 9h30 à 12h elles partent dans la montagne afin d’aller se nourrir (de lichen) et s’abreuver. A tour de rôle, 2 à 3 Tsaatans les accompagnent.
Afin d’éviter que les animaux s’échappent les rennes ont une corde attaché entre leur cou et leur patte arrière gauche, ceci afin de limiter l’amplitude de leurs mouvements et donc qu’ils ne s’échappent en courant. Du coup, ils s’échappent quand même mais sans courir.
Il faut dire que même sans courir les rennes te mettent la misère. Il faut être bon pour la rattraper si elle a décidé de partir. Et aussi avoir un peu de chance pour ne pas y laisser les deux chevilles.

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10h00 : Tous à poil et on se caresse

Là c’est le premier moment chiant de la journée. Pas de télé, pas de Facebook, pas de YouPorn… En attendant que les rennes rentrent il faut donc essayer de s’occuper autrement. Les Tsaatans, eux, bougent dans les autres tipis pour se rendre visite. Nous, on a beaucoup de mal comme on ne comprend rien de ce qu’ils disent. Résultat, on ne va pas dans les tipis si on y est pas invité. Et on était pas invité. Quelques fois si, quand même.

On s’occupait donc en coupant du bois et en descendant chercher de l’eau à la rivière. Mais nos tâches s’arrêtaient là, quand ils ne les faisaient pas à notre place.
Ce peuple de la Taïga montre très difficilement ses émotions et n’a pas l’habitude de recevoir de l’aide. Ils ont ainsi ce don de t’ignorer royalement si tu n’essaies pas de t’imposer par toi même.
Par chance on a réussi à faire nos preuves et ils nous ont laissé participer à la vie du camp, petit à petit.

 

12h00 : Retour à la casba

A 11h55 tout le monde commence à sortir la tête de son tipi car les rennes ne doivent pas tarder. On sait qu’ils descendent de la montagne mais on ne sait pas exactement d’où ils vont sortir de la forêt.
C’est vraiment LE moment de la journée à pas rater. Ton seul moment d’action pure et dure à vrai dire. Il faut imaginer qu’une centaine de rennes va t’arriver dessus et que tu dois les attraper. L’unique but des rennes c’est bien sûr de ne pas se faire attraper et de courir partout pour te faire chier. Il faut donc savourer ce moment, mais on en revient toujours au fait de faire ses preuves en amont. Aucun des autres touristes présents n’étaient sur le champ de bataille.
Une fois que vous aurez bien couru pour attraper les rennes votre transpiration va rendre votre peau salée. Vous aurez donc le droit à de nombreuses léchouilles d’amour de tous ces petits rennes. Un régal.

retourdesrennes

12h30 : Tous à poil et on se caresse, mais après manger ce coup-ci

Les rennes sont de retour et elles font la sieste tout l’après-midi. Pendant ce temps les Tsaatans mangent. Le repas n’est pas folichon. Nous avions ramené quelques légumes de Mörön ce qui a permis de pimenter un peu notre menu. Sinon attendez-vous à manger des bouillons de pâtes – viande séchée. La viande séchée n’est pas comme chez nous. Là tu la poses dans le tipi quand elle est toute fraîche et tu attends que ça sèche. C’est vraiment pas bon… 🙂

Une fois le repas terminé il faut 2 minutes pour faire la vaisselle. S’en suit la seconde longue attente de la journée. Nous avions ramené un jeu de Mikado pour nous occuper. Cependant nous n’avions pas pensé qu’il n’y avait pas des trucs plats et dur là haut. Les après-midi sont longues…
Ca bouge un peu quand vous avez fini le pain. Là il est temps d’en refaire un nouveau. Ca prend quelques minutes pour faire la pâte et plusieurs heures pour la cuisson. Mais il faut quand même trouver autre chose pour s’occuper.

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16h30 : L’heure de la promenade pour les rennes Acte 2

Deuxième promenade de la journée. Nous montons donc détacher les rennes et faire le même rituel que le matin. Même si nous avons passé toute notre première journée a apprendre à faire le fameux noeud qui tient la tête et la jambe de la bestiole c’est quelque chose qu’ils ne nous ont pas laissé faire. Juste une ou deux fois pour montrer qu’on savait faire et dire de l’avoir fait, mais c’est tout. On montait plus pour s’occuper et voir les rennes.

Cela nous est arrivé 2x d’accompagner les rennes en promenade. La première fois tout s’est super bien passé. La deuxième c’était tellement le bordel avec des rennes qui partaient dans tous les sens et personne qui gérait qu’on a plus voulu y retourner.

17h00 : Tous à poils et on se caresse, suite et fin

Troisième temps off de la journée. Ca commence à être long. On se fait une deuxième série de coupage de bois, si on travaille bien et qu’il fait froid Polowé nous paie le goûté (le thé et le pain). Ca passe un peu de temps. Et puis pour le reste de l’attente bah voilà quoi… C’est vraiment ce qui a été le plus difficile pour nous pendant ce séjour. Comment tuer l’attente ?

 

19h00 : Retour à la casba, Acte 2

Comme à midi, les rennes reviennent de la forêt. La deuxième occasion pour nous de galoper sur le camp pour aller attraper les animaux du Père-Noël. Une fois qu’on les a on ne sait jamais trop quoi en faire. Des fois on vient nous les prendre et des fois on les attache par nous même aux arbres. Et ouais il faut bien qu’on montre qu’on sait faire le noeud !
Ils arrivent à les reconnaître car tous les rennes ont une marque différente en fonction du Tsaatan à qui ils appartiennent.

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19h30 : On devrait pas tarder à manger

Je dis ça car vous pouvez avoir fini de manger à 20h-20h30 ou alors 23h. Ca dépend de chaque famille, du plat qu’on cuisine et du nombre de bouches à nourrir. La tradition là haut est d’offrir à manger à toutes les personnes qui viennent dans le tipi à l’heure du repas. On a eu un peu de mal quand on a vu les mêmes raclures de bidet revenir à chaque fois à l’heure des repas manger tranquillement. Ca n’avait pas l’air de marcher dans l’autre sens par contre.

22h00 (environ) : Bonne nuit les petits

La longue journée se termine. Demain est un autre jour, comme disait Bird sur le bateau aux Philippines. En attendant il faut passer la nuit en ayant le moins froid possible. Mais pas de souci nos mamans de secours Zaya et Polowé veillent au grain. Elle viennent nous border et nous enrouler dans toutes les couvertures qu’elles ont pour qu’on passe la meilleure nuit possible. « Serm Abraré » (Bonne Nuit) !

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Vous savez maintenant comment se passe la vie dans la Taïga et ce que nous avons vécu pendant ces onze jours, pour être précis.
Même si cela peut paraître chiant, on est très content d’avoir découvert un mode de vie complètement différent de celui que nous avons toujours connu. Nous nous estimons très chanceux et nous ressortons de cette expérience en voyant les choses différemment.

Si vous avez encore le temps et la patience de lire voici quelques choses à savoir sur les Tsaatans, surtout si vous envisagez de monter les voir.

 

 

Quelques trucs à savoir sur les Tsaatans

Il reste aujourd’hui environ 35 familles entre les Tsaatans de la Taïga de l’Est et ceux de la Taïga de l’Ouest (on était à l’Est nous). Ca représente un peu plus de 250 personnes. Je ne parle pas de ceux qui sont du côté Russe, dans la province de Touva, où sont les origines de ce peuple.
Je ne parle pas non plus des « Tsaatans » qui sont au niveau du lac Khovsgol qui sont en réalité de faux Tsaatans. Ils sont dans une zone qui est beaucoup trop tempérée pour les rennes. N’ayant aucun respect pour leurs bêtes ces personnes sont simplement ici pour l’argent des nombreux touristes qui arpentent cette zone. Je vous déconseille donc d’y aller. C’est purement et simplement du business. Aller à leur rencontre équivaut à se rendre dans le temple des tigres en Thaïlande (qui est en train fermer, heureusement) ou encore Marineland

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Zaya nous confiait ne pas savoir encore combien de temps allaient pouvoir encore survivre les Tsaatans. Depuis 2000, le gouvernement mongol a décrété que la zone où ils « habitent » devenait une zone protégée.
Il est donc désormais interdit pour eux de chasser le gibier que leurs ancêtres ont chassé pendant des centaines d’années.
Pendant notre séjour il se disait même que les rangers installaient des caméras dans la forêt pour les surveiller.

 

Quelques trucs à savoir sur les Tsaatans, mais surtout pour vous qui montez les voir

 

  • Apporter des cadeaux pour chaque famille (infos dans cet article) ne vous coutera pas grand chose et vous ouvrira de nombreuses portes lorsque vous vivrez avec.
  • Essayez, dans la mesure du possible et surtout en fonction de votre degré d’autonomie, de voir directement avec Zaya pour un séjour chez elle. Elle nous expliquait que beaucoup de Tours Opérators d’Oulan-Bator venait les voir pendant un jour ou deux avec des touristes. Ils prennent des photos, plantent leurs propres tentes et repartent sans laisser un sou aux familles.
  • On entend beaucoup parler de l’hospitalité mongole. A la vue de la réputation, sûrement beaucoup de voyageurs ont pu tester celle-ci. Même si on se met dans la catégorie des voyageurs au petit budget on a du mal à comprendre comment des occidentaux viennent pendant 3-4 jours, profitent du gîte et du couvert de personnes qui n’ont rien et qui donnent tout, sans rien laisser.
    Les Tsaatans ne sont pas inscrits sur Couchsurfing et n’ont pas le même train de vie que nous les Européens où les Américains.
    Pour venir jusqu’en Mongolie, je pense que chacun est capable de laisser 5€ par nuit. Sinon il faut pas faire sa petite bite, il faut planter sa tente et faire cuire ses nouilles sur le feu dans la forêt, c’est ça être un aventurier en fin de compte.renne
  • Si vous souhaitez monter voir les Tsaatans, à partir du moment où vous partez d’Oulan-Bator il faut 4 jours pour monter et 3 pour redescendre. Si tout se passe bien (pas de crevaison, voiture qui part rapidement…). Si vous comptez passer 2 jours chez les Tsaatans comme certains touristes qui étaient là haut en même temps que nous dites vous bien qu’elles sont arrivées à 16h et repartis le lendemain à 12h. Ca fait deux jours pour eux.
  • L’idéal, selon nous, serait de passer entre 5 et 7 jours sur le camp. Ca vous laisse assez de temps pour vous intégrer (vous restez plus longtemps que 90% des gens) mais pas trop non plus pour trouver le temps long.
  • On a vraiment apprécier d’y être au mois de Mai. Pas trop froid. Pas trop chaud (ça évite de transpirer car pas de douche). Pas de moustique. Pas de pluie (seulement de la neige). Et surtout pas encore trop de touristes.
  • Oubliez vos préjugés concernant le chamanisme. Même si on peut lire tout et n’importe quoi, les chamans ne sont pas là pour les touristes. Les cérémonies n’ont lieu qu’en présence des personnes concernées qui ont besoin de son aide. Le chaman est une sorte de médecin pour les Tsaatans qui sont isolés. Nous, nous avons nos médecins traitants, où nos psys…
  • Réfléchissez bien avant de monter les voir. Avez-vous besoin de les rencontrer ? Et eux, ont-ils besoin de vous rencontrer ? Chacun a ses propres réponses.

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Voilà, c’est tout pour notre histoire commune avec les Tsaatans de Mongolie. Semaine prochaine je vous raconte notre dernière semaine sur le sol mongol que nous avons passé à la capital et dans la steppe.