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Travailler dans un ranch dans le Montana

juin 17, 2015 / by / 0 Comment


La remontée en direction du Montana

 

Le tricycle vient d’être déposé à CycleDifferent sur Colorado Springs. Il pourra sûrement être réparé, mais pas avant mon départ pour le Nord qui arrive dans quelques jours. Du coup, roue de secours. Après avoir débattu pendant plusieurs jours avec Stacey j’élimine l’option avion ainsi que l’option stop. J’opte pour un roadtrip de 1200km qui m’emmènera sur Bozeman en traversant le parc national du Grand Téton ainsi que celui de Yellowstone.

Le Grand Téton

Nous partons donc pour 8h de route afin de rejoindre le parc national du Grand Téton un jeudi matin. Oui oui, Grand Téton. Il y a même celui du Gros Ventre quelques kilomètres au Sud. J’ai hésité à prendre une photo à côté de tout ça avec un carton marqué Grosse Bite mais je me suis rappelé que de jeunes âmes me regardaient et qu’il fallait mieux m’abstenir. Partie remise… Ceci dit je crois que le gars qui donne le nom aux parcs n’a pas fais Harvard.
On se lance donc pour une journée de marche à travers les différents sentiers du parc. Tous les litres d’eau qui tombent depuis plus d’un mois font que la végétation est verte de chez verte. Les lacs, les montagnes, les arbres, on dirait que je suis à la maison. Par contre, alors qu’on se promenait, je vois un gros cul marron s’enfoncer dans les bois de l’autre côté du lac. On part donc pister l’élan. Elle m’explique que si c’est une mère avec des petits c’est encore plus dangereux qu’un ours car elle charge et que l’on doit surtout ne pas courir mais se cacher derrière les arbres. Premier réflexe quand on s’est retrouvé nez à nez avec ?
Après quelques photos on repart et on tombe sur un trek sans un seul touriste, magnifique, mais qui sens l’ours à plein nez… Je fais vraiment pas le malin lorsqu’on se retrouve au milieu d’une forêt avec des traces de toutes sortes de bestioles. Au final pas de mauvaise rencontre. Je commence à me dire que ces histoires d’ours ne sont que des histoires de bonnes femmes pour me faire peur. Pas vu un seul après cinq semaines passées au milieu des Rocheuses… Je peux vous dire que la nuit qui a suivi, à 1h du matin, quand les chiens du camping se mettent à aboyer en même temps et que les alarmes des voitures s’activent ça remet les idées en place.

grandteton

Yellowstone

On enchaîne le vendredi matin avec le parc national de Yellowstone qui se situe juste au Nord de celui du Grand Téton. C’était une des trois places que je voulais voir pendant mon passage aux USA, c’est chose faite. Histoire d’être très vite dans le bain on tombe sur des bisons géants. J’apprendrai plus tard qu’il ne sont pas géant mais que ce sont des adultes de 9 ou 10 ans (espérance de vie de 18 ans pour le bison) alors que ceux qu’on voit plus régulièrement n’ont pas plus de 3-4 ans.
En remontant on commence à apercevoir les premières flaques et les premiers geysers. C’est beau mais ça sent l’oeuf pourri avec tout le souffre qui s’y dégage. La zone de Old Faithful est celle qui compte le plus grand nombre d’entre eux. On cible donc cette partie du parc. Pas déçu du voyage, on assiste à l’éruption d’un geyser qui crache à 40m de haut. Rien d’exceptionnel, celui-ci à des cycles toutes les 94 minutes. C’est l’attraction du coin avec les bisons qui se promènent sur le parking. J’ai fais mes petits selfies j’étais content.
La journée se finit en beauté. A 2km de l’endroit où on a planté la tente se trouve une zone remplie de petits geysers. On file donc là-bas à pied à travers un chemin au milieu de la forêt. Je n’ai pas pensé à prendre ma « Bear Spray » ce soir (Pschit pschit contre les ours), je n’ai pas non plus de clochette. Stacey me sort donc au milieu des bois qu’il faut qu’on parle pour signaler notre présence parce que le chemin est tellement étroit que si on croise Winnie ça va partir en sucette. Au final on ne croise personne et on se retrouve pour le coucher du soleil au milieu des geysers. Grandiose.
Je vous conseille vraiment d’aller y faire un tour si vous avez l’occasion car c’est un lieu atypique qui offre de belles photos et de beaux souvenirs. Deux jours suffisent pour voir l’essentiel du parc.

yellowstone

 

Travailler dans un ranch dans le Montana

 

Comment ça s’est fait ?

Après avoir perdu le tricycle au début du tour, j’ai essayé de reconstruire un nouveau projet. L’idée d’aller travailler dans un ranch m’est venu à l’esprit. Enfin, c’est plus l’idée de pouvoir négocier pour faire du rodéo qui me bottait. Au final, après plusieurs jours de recherches et quelques mails j’ai trouvé un ranch, dans le Montana, prêt à m’accueillir pour un vingtaine de jours. Je me voyais déjà sur les dessous de table chez Buffalo Grill.
Mais c’est un mythe… Le Cow-boy sur son cheval qui courre après les vaches pour les attraper au lasso c’est dans les films ça. Ou peut être que ça se fait mais pas pour un pauvre frenchy qui a fait seulement une sortie de poney en vacances en Bretagne quand il avait 5 ans c’est mort. Ranch signifie « Vacherie » en français. En gros un ranch c’est juste une ferme où il y a des vaches. Point. Mais comme les vaches c’est has been moi j’en ai trouvé un avec des bisons. Ouais, ouais, des bisons.
J’ai fais des recherches via HelpX (aide quotidienne en échange du gîte et du couvert). Je vous expliquerai dans quelques mois plus en détail ce que c’est. Je suis tombé sur l’annonce de Bison Quest qui m’a particulièrement plût. Etant donné que des opportunités comme celle là il n’y en a pas beaucoup nous sommes plusieurs sur le coup pour deux places. Après avoir rempli un questionnaire (et dire qu’il y a deux ans j’étais au bout de ma vie quand je devais écrire un texte de 150 mots en cours d’Anglais…) et mis Stacey sur le coup, c’est moi qui valide la place ! Ah oui avant de valider ils ont envoyé un message à mes trois derniers employeurs pour savoir ce que je valait. Merci à eux d’avoir joué le jeu et d’avoir répondu en anglais.
Enfin voilà. J’ai une place dans un ranch aux environ de Townsend, dans le Montana, pour le mois de Juin. C’est beau.

L’arrivée au ranch

Après avoir versé ma petite larme (ça me les casse ça par contre…) pour dire au revoir et remercier Stacey je pars avec Pamela, ma nouvelle hôte, pour rejoindre le ranch. Il se trouve qu’il est perdu au milieu des montagnes, à plus de 2000m d’altitude, sans rien à des kilomètres à la ronde.
J’arrive donc dans la maison et fait la connaissance de tout le monde. Craig, le mari de Pamela. Lauren, une chinoise-américaine mais aussi ma nouvelle collègue. Les deux enfants de Pamela et Craig qui sont originaires d’Asie. Et des coréens. Je me demande si je suis pas arrivé à Bangkok en fait…
Mes hôtes sont en réalité deux chercheurs biologistes qui s’occupent de toute la faune de l’Ouest américain. En plus de ça ils ont leur ranch où ils élèvent des bisons sur une surface immense en vue des les vendre pour leur viande mais aussi de les étudier. Ils sont passés sur Nationale Geographique TV et tout le bordel. Bon j’ai rien à leur envier, moi je passe dans le Dauphiné tous les mois. Du coup, ils jouent sur un troisième tableau qui est une sorte de chambre d’hôte de luxe au milieu du parc bisons. Des gens viennent d’un peu partout dans le monde pour voir et approcher les bisons. Ils paient 750$ la journée pour ça.
Tout ça pour expliquer pourquoi il y avait des coréens. Parce qu’ils m’ont marqué les coréens. Déjà que ça me branche pas plus que ça d’aller en Asie mais là… Chez eux tu rotes et tu pètes plein gaz un peu tout le temps. Mesdames je vous entend d’ici émettre vos petits commentaires malvenus sur vos conjoints, mais je vous assure que quand c’est la grand-mère qui te sors ça comme si de rien était ça fait bizarre. Ca fait aussi bizarre quand cette même grand-mère te met une grosse claque sur le cul quand tu cherches un yaourt dans le frigo parce que tu veux pas manger son poisson frit au petit déjeuner. Je sens que mon passage sur le continent asiatique va être folklo, c’est gros comme une maison.

fernande

Le travail

Malheureusement pour moi, les bisons ne me connaissent pas assez et je ne peut m’en approcher sans risquer de me prendre un gros ippon contre la tête. Je ne suis donc pas souvent prêt d’eux comme je l’espérais même si j’arrive petit à petit à les approcher depuis le pick-up.
Je dois à Pamela et Craig 6h de boulot chaque jour. C’est plus que sur toutes les autres annonces HelpX, mais l’expérience est d’une toute autre dimension. Et puis il y en a qui dépensent un salaire pour rester deux jours ici donc ça aide à relativiser.
 Mon boulot n’est pas exceptionnel. Je m’occupe de nourrir poules, de faire le jardin, d’arroser les fleurs, de faire la vaisselle… En gros tout ce que tu dois faire quand tu as une maison. Ce n’est pas très difficile, pas trop chiant non plus, même si c’est répétitif. C’est aussi plus une aide que j’apporte que du boulot. Donc dès que j’ai eu fais mes preuves les deux premiers jours ils me disent simplement ce que je dois faire en début de journée et après je me débrouille comme je veux. Ils apprécient notre travail et n’hésites pas à nous laisser quelques jours seuls dans le ranch quand ils sont avec des clients, ou encore les clés des Pick-Up et la carte bancaire si on doit partir en ville faire des courses. J’aime bien cette mentalité.
On est aussi appelé à mettre la main à la patte lorsque les clients sont dans les chambres d’hôtes. Il faut tout nettoyer, changer les draps, faire le ménage… Ca, ça ne me plaît pas des masses par contre. Mais bon, en échange j’apprends plein de choses, je suis au milieu des forêts du Montana, je vois pleins d’animaux. J’ai l’impression d’être à 30 millions d’amis ici. Les chats, les chiens, les écureuils, les biches, les serpents…

Et à côté ?

Le boulot que je dois faire est presque toujours terminé en moins de 6h (j’ai toujours été performant en matière de DMT, qu’est-ce que vous voulez que je vous dises…), cela me laisse le temps de faire quelques petites activités à côté.
J’ai pu assister au dépeçage d’un jeune bison mort. Il a passé plusieurs mois dans le congélateur car ils n’avaient pas le temps de s’en occuper avant. La première fois que je suis allé chercher un pot de confiture dedans je vous dis pas le bond que j’ai fais. Bref, le sang, les morts, les odeurs et les mouches c’est pas trop mon truc.
J’ai aussi eu l’opportunité de réaliser le premier bisou de mon défi sur le tour du monde. C’est un bébé chipmunk qui est passé à la casserole. Je suis pas assez rapide pour attraper une biche et je n’ai pas encore eu l’occasion de taquiner le bison. Mais c’est pas fini.
Il y a aussi des poules et des coqs dans le ranch. Outre le fait que ces gros enfoirés me réveillent tous les matins à 6h j’apprends aussi beaucoup sur la vie sexuelle des poules. En France on a que des poules donc on ne sait pas mais elles prennent vraiment cher quand elles sont avec les coqs. Là par exemple je suis en train d’écrire mon article dehors et ils se mettent à trois sur la même les salauds. Et ça c’est 3-4 fois par heure. Tu m’étonnes que des ces petits trucs pondent de si gros oeufs…
Et enfin, parce que c’est ce que j’étais venu chercher, je me promène pas mal. Je n’ai pas encore eu l’occasion de faire une journée complète marche avec le boulot mais les quelques heures le soir en face du coucher de soleil me font bien plaisir. On entend beaucoup dire que la neige américaine est différente de l’européenne alors que ça ne reste que de la neige. Et bien les montagnes c’est pareil. Ca reste des montagnes mais il y a un petit truc de différent par rapport à chez nous, que je ne saurai expliquer, mais qui rend l’endroit très plaisant.

couchedesoleil

Je suis ici jusqu’au 24 Juin. Ensuite je reprendrai la route avec un premier arrêt chez McDo pour ensuite me diriger vers le Canada. Je ne sais pas encore si ce sera en tricycle ou non car j’ai du mal à connaître les délais pour les réparations. J’ai bien peur de ne pas pouvoir remonter dessus avant la Nouvelle-Zélande. Mais bon c’est déjà bien. Je vous donnerai plus de nouvelles de l’engin dans le prochain article parce que j’ai encore eu pas mal de chance. J’ai aussi la chance d’avoir des personnes qui m’attendent au Canada pour un nouveau boulot HelpX. Là encore une histoire de fou. J’ai le sourire, tout va bien.