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Mongolie : Objectif Taïga

mai 23, 2016 / by / 0 Comment

Un mois après être rentrés des Philippines nous reprenons la route en direction de la Mongolie. Un pays que je suis impatient de découvrir. Si la destination était connue de longue date, l’endroit où nous allions séjourner s’est décidé à la dernière minute sur un gros coup de chatte.

 


L’objectif du voyage

Au départ le but de ce voyage en Mongolie était, comme pour beaucoup de gens, de partir faire un tour de poney dans la steppe. On s’est vite rendu compte qu’on allait y laisser les deux bras ainsi que notre fessier si nous chevauchions pendant 4 semaines.

Est ensuite venue l’idée de partir marcher seuls dans les forêts du Nord du pays, loin du monde, en me remémorant les splendides paysages que j’avais pu voir lors d’une traversée de la Sibérie de Nicolas Vanier en chiens de traineaux. Les conditions du mois de Mai étant encore particulières et du fait qu’Amandine m’accompagne nous avons pensé qu’il ne valait mieux pas partir que tous les deux.

A germé la troisième idée. Partir vivre dans cette même forêt. Mais avec ses habitants. Histoire de profiter du paysage, de ne pas êtres seuls et enfin d’apprendre des choses. C’est là que nous avons décidé de rejoindre les Tsaatans. Vous allez voir qui sont ces personnes même si les amateurs des reportages de France Télévision doivent commencer à comprendre.

S’agissant d’un peuple très reculé, dans un endroit très isolé, peu de gens vont à leur rencontre. Les informations les concernant en France datent d’au moins 6 années. Sauf une. Un photographe, Rémi, est allé à leur rencontre l’année dernière. Après lui avoir écris il me donne le contact d’une Tsaatan à qui je m’empresse d’écrire également. Je ne m’attendais pas vraiment à avoir une réponse car j’étais assez surpris que ces personnes disposent d’internet.
Contre toute attente, quelques jours plus tard, je reçois un message me disant que les Tsaatans sont d’accord pour nous rencontrer. Elle me donne un numéro de téléphone et me dit de la contacter quand j’arriverai en Mongolie car elle n’aura plus internet d’ici quelques heures. Et puis c’est tout.

 

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La préparation pour la montée

Nous n’avons malheureusement pas les mêmes billets d’avion avec Amandine. Etant donné que je n’étais pas censé rentrer à la maison pendant mon tour du monde ma chérie avait déjà ses billets bien avant moi et impossible de retrouver les mêmes. J’ai donc décidé de partir 2 jours avant elle pour m’occuper de l’organisation du trip.
Arrivé à Oulan Bator, la capitale de la Mongolie, je suis surpris par la taille de ville. Moi qui m’attendais à un petit bled avec des routes en terre je me retrouve dans une ville aussi grosse que Lyon… Ca m’arrive souvent ce genre de chose…

J’établis mon QG à la guesthouse française de « La Petite Marmotte ». De là on me brief un peu sur la Mongolie et je pars acheter une carte SIM pour pouvoir contacter notre future hôte. Première fois dans un pays où très peu de gens parlent anglais et qui utilisent un alphabet cyrillique. Que ce fût compliqué de se faire comprendre mais j’ai réussi. Il ne faut simplement se rappeler que le sourire est le langage le plus important au monde.

Après plusieurs essais j’arrive enfin à avoir Zaya, mon contact auprès des Tsaatans. Elle m’explique qu’il faut qu’on saute dans un bus dès qu’Amandine arrive pour rejoindre la ville de Mörön. Après ça, nous rendre dans une certaine guesthouse qui va pouvoir nous aider à obtenir des permis de zone frontière pour nous permettre de monter les voir. Une fois que ça sera fait elle s’occupera de nous faire acheminer jusqu’à destination.
Amandine arrive à son tour sur le continent asiatique. Elle a juste le temps de péter un coup que nous montons dans le bus. A partir de là il nous faudra 4 jours de voyage pour monter rejoindre le camp Tsaatan.

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La longue route jusqu’à Tsagaannuur

 

Après 16h de bus nous arrivons à Mörön au petit matin. Il faisait beau et chaud à Oulan Bator mais là c’est une tempête de neige qui nous accueille. On ne fait pas les fiers car on ne voit pas grand chose et c’est un taxi qui va nous emmener jusqu’à la « Bataa Guesthouse ». Le gérant, Bataa, nous accueille dans sa petite robe de chambre Burberry. Déjà là c’était la grande classe mais quand il a sorti son petit costard et sa cravate rose je me suis dis que même en France quand je bossais à la banque j’étais un gros pouilleux à côté de lui.

Trêve de plaisanterie. Il nous installe dans sa yourte autour d’un bon feu et avec du thé. En échange nous lui donnons nos passeport pour qu’il aille nous obtenir nos permis. Il faut compter une journée. Nous en profitons pour faire un petit somme et aller chercher de la nourriture en ville. Zaya, la Tsaatane avec qui j’échange par téléphone nous a demandé de ramener des petits « cadeaux » pour les familles du camp ainsi que des vivres pour tenir le temps de notre séjour avec eux. Et aussi des bottes en caoutchouc car c’est mouillé là haut…

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On gère tout ça accompagné de Bata qui a un peu de temps à nous accorder car nous sommes les seuls voyageurs à cette époque de l’année. Ca c’est grave cool ! Nous retrouvons nos passeports avec le fameux sésame.
Nous partons le lendemain matin pour 10h de route à bord d’un minibus russe pour Tsagaannuur, ville la plus au Nord de Mongolie, porte d’entrée sur la Taïga. Les paysages sont magnifiques. Pas vraiment l’image que l’on a des steppes mais plutôt des collines, boisées sur les versants Nord et complètement nues au Sud. En même temps on a pas vraiment eu l’occasion de bien en profiter. Pas de route mais seulement un chemin forestier sur plus de 200km. Vous avez déjà passé 10h dans une machine à laver ? Personnellement, nous non, mais on pense que ça devait ressembler à ça.

Nous arrivons épuisés à Tsagaanuur et tombons raides morts à la guesthouse. Le lendemain on enchaîne avec deux nouvelles heures de route jusqu’à un « drop point » dans la Taïga, où nous devons retrouver les Tsaatans. Nous sommes alors à quelques dizaines de kilomètres de la frontière russe et donc de la Sibérie. Dans une des zones les plus reculées au monde.

 

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Qui sont les Tsaatans ?

 

La questions vous brûle les lèvres pas vrai ? Les Tsaatans, « les éleveurs de rennes », sont un peuple nomade originaire de la région de Touva, en Russie. En 1940, au moment de la seconde guerre mondiale ils ont fuit leur région natale pour éviter que leurs hommes ne soient réquisitionnés de force par l’armée russe.
Ce n’est qu’en 1965 que les mongoles firent leur découverte. A partir de là ils ont eu la possibilité de repartir en Russie ou bien de rester en Mongolie et devenir citoyens mongols. Certains sont repartis, d’autres sont restés. Maintenant que la frontière est en place, il leur est devenu impossible de vaguer entre les deux pays. Les russes qui gèrent cette frontière n’hésitent pas à tirer à quiconque ferait le pas de trop.
Il existe aujourd’hui deux, voir trois « catégories » de Tsaatans en Mongolie. Les Tsaatans de la Taïga de l’Ouest et les Tsaatans de la Taïga de l’Est. Ainsi que ceux qui se sont sédentarisé dans la ville de Tsagaannur où tous les enfants vont à l’école et qui représente une sorte de soutien logistique à toutes les familles qui continuent de vivre dans la forêt en autonomie.

Nous avons rencontré les Tsaatans de l’Est. Il reste aujourd’hui 14 familles de ce côté (contre 20 à l’Ouest) et seulement 9 passent les douze mois de l’année dans la Taïga.

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Pourquoi élèvent-ils des rennes ?

 

Ce sont des éleveurs de rennes car ce sont des nomades. Ce sont des nomades parce qu’ils ont des rennes. C’est un peu ce que nous avons retenu. A cet endroit de la planète, à côté de la Sibérie, peu d’animaux peuvent survivre aux -50°C de l’hiver. Les yacks pourraient, mais ce n’est pas une source sûre d’après leurs dires. Les chevaux, contrairement aux rennes, ne passent pas partout dans la neige. C’est donc comme cela que le choix s’est fait.
Les Tsaatans ont plus besoin des rennes que l’inverse. Ils leur sont indispensables pour leurs transhumances qui ont lieu 6-7 fois par an. Ce peuple est un peuple nomade qui se déplace en fonction des saisons pour satisfaire aux besoins alimentaires et météorologiques de leurs animaux.
Pourquoi font-ils tout ça ? Parce que ce sont des « Hommes de la Taïga » comme ils aiment si bien le dire.

 

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Informations pour monter voir les Tsaatans :

 

  • Première chose pensez à faire votre visa pour venir en Mongolie. Obligatoire depuis Janvier 2016. Voir article sur les visas pour les détails. Il n’y a pas trop de communication là-dessus car la Mongolie préfère que l’on fasse nos visas avant d’arriver mais il y a une petite porte avant le contrôle douanier à l’arrivée de l’aéroport marquée « visa ». Moyennant 100$ on a compris que cela pouvait passer. Mais je ne vous dis pas qu’il faut jouer non plus.
  • 1€ = 2 300 Tugrik (environ)
  • Prendre le bus Oulan Bator/Mörön à la Dragon Station. Départ tous les jours à 8h, 13h et 18h. Les bus partent en général avec au moins une heure de retard. 12h de trajet même si il faut plutôt tabler sur 15h.
    Prix du billet : 32 000 T.
  • A Mörön aller loger à la « Bataa Guesthouse ».
    10 000 T la nuit avec le petit déjeuner selon Lonely Planet, pour nous ça a été 20 000 T.
    Pour obtenir votre permis de zone frontière à Mörön il vous faut obligatoirement un guide. Si vous n’en avez pas vous pouvez le faire sur Oulan Bator mais c’est un peu le bordel. Nous avons payé 10 000 T chacun et Bataa s’est occupé de tout pour nous. Comptez une journée de délai.
  • Faites vos courses à Mörön. De un, cela nous a semblé moins cher que dans la capitale. Et de deux cela vous évite de payer un supplément de bagage pour le bus.
  • Pour votre nourriture il faut acheter de quoi tenir pour toute la durée de votre séjour. Suivant ce que vous décidez de faire vous serez amené à cuisiner avec les Tsaatans pour manger les mêmes repas. Prenez donc principalement de la farine et des légumes.
  • Pour ce qui est des cadeaux que vous leur apporterez. Nous ils ont craquer pour les pommes. Mais ils nous ont aussi dit que si vous souhaitiez ramener des choses de France ils seraient content d’avoir toutes sortes choses utiles comme des montres, des frontales, des chaussettes… La petite bouteille de gnole a aussi fait son petit effet.
  • A partir de là, à notre niveau tout était organisé par Zaya, mais si vous voulez vous y rendre par vos propres moyens il faudra trouver un minibus qui monte pour Tsagaannuur. Environ 300 000T si vous vous le privatiser. Si vous ne le privatisez pas il faudra attendre qu’il soit plein avant de partir et cela peut durer plusieurs heures voir plusieurs jours suivant la période.
  • A Tsagaannuur on a dormi dans une petite auberge près du lac (j’ai pas le nom). Sinon il y a des chambres au-dessus du TCVC.
  • Comptez à nouveau deux heures de routes le lendemain pour aller au « drop point ». Aucune idée du prix… Vous êtes arrivés.

 

Voilà comment cela se passe pour la montée.

Nous avons eu la chance de pouvoir être en contact avec Zaya, originaire de la capitale, elle est maintenant mariée à un Tsaatan et est devenue une fille de la Taïga. Ses 10 années passées à Denver, dans le Colorado, font qu’elle parle mieux anglais que beaucoup d’entre nous. C’est elle qui a géré la rencontre pour nous.

Nous l’avons contacté sur son mail : zaya_004@yahoo.com

Grâce au réseau elle dispose d’internet quand ils sont sur leurs camps d’hiver, c’est-à-dire de Novembre à Avril, environ. Passé ce laps de temps et votre mail attendra plusieurs mois avant qu’elle n’ai besoin de retourner au village se ravitailler ou se soigner.
C’est elle aussi qui nous a demandé des cadeaux. Un peu bizarre comme demande mais on avait dans l’idée de ramener quelque chose là-haut de toute manière. Ils sont 10 familles de Tsaatans à vivre sur le même camp et l’idéal est d’avoir 2 cadeaux par famille. Beaucoup de gens ne ramènent rien car peu passent directement par Zaya et peu vivent ce que l’on a vécu.
Je vous en dis plus là-dessus sur le prochain article qui relatera notre vie à leurs côtés.