L'ascension du Mont Evans

L’ascension du Mont Evans

juin 08, 2015 / by / 0 Comment


Il était le premier défi mais est devenu mon premier échec. Le 28 Mai 2015, un mois jour pour jour après avoir posé le pied sur le sol américain, je décide de me lancer dans l’ascension de la plus haute route des Etats-Unis. Plus dans l’optique de satisfaire ma fierté personnelle quand dans l’espoir de vivre une belle expérience.

 

Pourquoi cette histoire de Mont Evans ?

 

Avant de partir

Lorsque je préparais mon tour du monde, un ami m’a parlé de tenter le plus haut col des USA, le Mosquito Pass (4019m), en tricycle. Je suis parti au quart de tour, j’ai acheté mon billet d’avion pour Denver (point de départ de mon voyage), et décidé qu’il serait mon premier défi. J’ai déchanté quelques semaines plus tard… Alors que je me voulais optimiste quand à la fonte des neiges pour le début du mois de Mai, on m’a fait comprendre que même avec des températures clémentes, les 6 derniers kilomètres étaient une piste pour les 4×4 et que je n’aurai aucune chance avec le tricycle. Je commence donc à chercher des infos sur la plus haute route des US, histoire de rester dans les superlatifs. Il se trouve que c’est le Mont Evans, encore plus haut que le Mosquito Pass, mais qui est goudronné jusqu’en haut. Je prend note.
 Puis cela m’est un peu sorti de la tête. Est-ce par pur hasard que je suis tombé sur Stacey sur Couchsurfing ? N’ayant pas fais le lien au moment de ma demande, je réalise qu’elle habite au pied du Mont Evans. Je ne pouvais pas espérer mieux.

Pendant le voyage

Stacey était au courant de mon plan avant que j’arrive et m’a informé que la route était fermée à cause des chutes de neiges incessantes et qu’il était impossible d’y monter en tricycle. Qu’importe, un défi est fait pour être tenté et non pour être réussi. Je me prépare donc à pour partir sur cette route mythique. Et puis Stacey me fait une offre qui ne se refuse pas : aller skier dans le Colorado. Je décide donc, à contre coeur, de faire l’impasse sur le Mont Evans.
Après le vol de mon tricycle et mon retour a Idaho Springs je souhaite retenter ma chance, cette fois-ci en VTT. C’est ma première sortie sur un 2 roues depuis la Norvège et la route est toujours fermée comme il neige tous les jours. J’abandonne après 90 minutes de montée, à bout de souffle et n’arrivant plus à poser mon gros cul sur la selle du vélo. Deuxième échec.
Depuis quelques jours, je songe à tenter cette ascension une dernière fois. J’ai quelques jours de vélo dans les pattes après mes sorties à Moab et Fruita. Je pense que je peux faire mieux. J’ai tellement communiqué sur cette montée avant mon départ que ça me ferait bien chier d’en rester là. Je pose ma date : Jeudi 28 Mai, pour « fêter » mon mois de voyage.

vue sur les evergreen

 

La vidéo de l’ascension du Mont Evans

 

La vidéo sur YouTube :

 

La vidéo sur Vimeo (si vous avez des problèmes de lectures depuis les smartphones et tablettes) :

Le départ

La route est bloquée par la neige ? Et bah pourquoi ne pas prendre les skis, finir la montée en peaux de phoque et redescendre sur les planches ? Certains l’ont déjà en montant en voiture, mais très peu en vélo alors que la route était fermée. Certains amis de Stacey, qui sont habitués à skier les « Fourteeners » (les sommets de plus de 14000 pieds), me conseillent d’autres sommets, plus faciles d’accès. Je décline les propositions. Aujourd’hui c’est la performance sportive qui m’intéresse. Je prépare donc le vélo, le sac et les skis le Mercredi après-midi car le réveil sonnera à 4h30 demain matin. Obligé de partir de bonne heure étant donné qu’il pleut tous les jours vers 14h. Je ne veux pas me retrouver coincé tout seul là-haut au milieu d’une tempête.

Le réveil sonne. Avec l’adrénaline je n’ai dormi que 4h. Bon signe puisque la dernière fois que j’ai eu cette sensation je me suis retrouvé sur le toit de l’Afrique. J’hésites quand même à me lever, me disant que ce n’est pas très sérieux et que j’ai peu de chance de voir le sommet. Mais bon, qui ne tente rien n’a rien. Je mange mon petit yaourt aux myrtilles, je prend les clés de la voiture (Stacey me prête sa voiture) et file direction le parking au pied la route.

 

La montée à vélo

Le départ est donné est donné à 6h15. Un peu plus 22 km de montée m’attendent. Environ 1300m de dénivelé. La route étant fermée je sais très bien que je vais croiser la neige à un moment ou à un autre. Le but est de faire le plus de kilomètres possibles en pédalant histoire de gagner du temps et arriver avant la tempête. L’avantage de faire ça avant que le col soit ouvert c’est que je n’ai pas payé les 10$ pour pouvoir accéder à cette route. C’est bon ça !! 🙂
Les premiers coups de pédales sont difficiles, les kilomètres ne passent pas vite car ça monte raide. Pas le courage de faire des vidéos et des photos, mais être tout seul sur une route au milieu d’une immense forêt de sapin avec le levé de soleil m’a bien fais kiffer. Rien que pour ça j’étais content de m’être levé.
Au fur et à mesure des coups de pédales, la forêt laisse place aux rochers. Un point de vue démentiel sur toute la vallée des « Evergreen » et sur les autres montagnes du Colorado. Si vous avez l’occasion d’y aller, foncez ! Ca vaut vraiment 10$.
Le souffle commence à être court, je reste sur le petit pignon. Doucement mais sûrement. J’ai le soleil dans le dos. Je vois mon ombre pédaler avec mes skis sur le dos. Je me dis que je suis en train de sortir un sacré truc. C’est con mais c’est vraiment ce que je pensais pendant la montée et ça m’a boosté tout au long de l’ascension. Les Contador, Froome, Ruau et Le Quemener je les prends quand ils veulent. Je suis chaud !! Après 7 miles (11km) de grimpette, un gros bloc de neige est au milieu de la route. Les chasses-neige se sont arrêtés là. Je n’irai pas plus loin à vélo. Il est 9h. J’ai fais la moitié du chemin.

monteeenvelo

La montée à pieds

Putain, mais c’est qu’il y en a vraiment à blinde de la neige. Les chasses-neige ont dû s’arrêter là car il y a une coulée qui est parti il y a quelques jours et a coupé la route. N’ayant pas énormément de connaissance sur les avalanches je ne fais pas le malin. Pour le moment j’ai seulement quelques notions et le flair pour sentir les endroits où il ne faut pas aller. Manque de pot, je suis dans un endroit où il ne faut pas aller. Versant Sud, pas un arbre, pas de rocher, un vrai billard. Pas très serein, je traverse. J’essaie d’être le plus léger possible, un peu la même dégaine que la panthère rose à mon avis. Et ça passe !!
Je me retrouve en face d’un grand plateau. Le plateau de « Summit Lake ». Plus que 5 miles (8km) et je suis au sommet. M’enfonçant à chaque pas de quelques centimètres dans la neige je décide qu’il est l’heure de mettre les skis. Impossible de trouver comment passer les fixations en mode rando… J’ai pitaté pendant 5 minutes la fix dans tous les sens sans jamais réussi à la bouger. Vous avez le droit de vous foutre de ma gueule là, c’est mérité. 🙂
Bon bah du coup je continue à pieds. Marcher dans la neige avec des petites baskets de trail ça va bien 5 minutes, mais juste 5 minutes. Je m’enfonce, je suis trempé et je perds pas mal de force. Je retrouve la mauvaise habitude que j’avais au Kilimanjaro : faire 10 pas, m’appuyer sur mes bâtons et m’endormir. Par contre, ce coup-ci personne ne m’accompagne. Pas de guide pour me réveiller et me mettre un coup de pied au cul. Pas de Sophie qui me prend en photo et se fou de ma gueule entre deux vomissements. Je suis tout seul et comprend que ça va se jouer dans la tête. J’approche des 4000m. C’est pas les 4000m de Tanzanie avec la jungle ici, c’est les 4000m des Rocheuses américaines. J’ai qu’une envie c’est de redescendre. Mais je résiste. La route fait des longs lacets car la pente devient raide. Comme elle est recouverte de neige je décide de couper les virages. Plus difficile mais surtout plus rapide avec moins de pas à faire.
Tous les moyens sont bons pour essayer de s’économiser. Essayer de trouver de la neige croutée pour ne pas s’enfoncer, faire des petits pas pour ne pas se fatiguer… Au final rien ne marche parce que tu finis toujours par t’enfoncer. J’essayais donc de me parler pour m’encourager. Ca n’a duré qu’un temps car je n’avais plus la force de parler.
Ce putain de vent de face qui m’a pourrit la vie pendant l’ascension a eu le mérite de me dégager les 50 derniers mètres de la route et le parking du sommet du Mont Evans. Un bonheur de marcher sur du dur. Il est 12h15, après 6h de montée, j’ai réussi mon pari d’atteindre le sommet de la plus haute route des Etats-Unis !! Ce n’est pas en tricycle donc le défi est raté (le score reste toujours de 1-1) mais rien à foutre je suis en haut.

 

La descente en ski

J’étais tellement mort et tellement heureux que j’ai oublié de prendre 5 minutes pour regarder le paysage. En même temps il y avait un gros nuage noir à l’Ouest qui arrivait pour me taper la bise… Cependant, je ne pensais qu’aux conneries auxquelles j’avais réfléchis pendant la montée et que je voulais avoir dans la caméra afin de faire une vidéo sympa et de garder de bons souvenirs.
J’ai donc décidé de faire mes premiers virages en l’honneur des Pulls Rouges. N’ayant pas ma veste et mon pantalon de l’ESF des Carroz j’ai tout de même le caleçon sur moi. C’est parti pour un départ de coupe du monde et cinq virages à poil, à 4348 mètres d’altitude. Vous m’excuserez mais je me suis rhabillé pour la suite parce qu’il faisait un petit peu frisquet…
6h de montée pour 3 minutes de descente, c’est cher payé mais c’est ce qui s’appelle le sport… Je suis vite parti faire mes virages sur une arrête parce que j’étais de nouveau sur un billard, sans personne, sans ARVA et sans casque. Stacey m’avait prêté un téléphone satellite mais aller le chercher au fond du sac à dos sous l’avalanche s’annonçait un peu compliqué. Au final tout s’est bien passé, la neige était même bonne sur le haut. Un ou deux centimètres de fraîche avec une bonne couche gelée en dessous.

summit lake sous la tempête

Une belle journée qui se termine

Entre le moment où je suis parti du sommet et celui où je suis arrivé à la voiture il s’est passé 1h30. J’ai fais 2km sur le plateau de « Summit Lake » avec les skis aux pieds. Pas de fart, neige de printemps, j’avançais rien. Mes chaussettes étant mouillées j’ai tenté de redescendre avec les chaussures de ski sur le vélo pour me protéger du vent, et donc du froid. Vous saurez maintenant que des chaussures de ski sur des pédales automatiques c’est pas très pratique. Je change donc de chaussures pour redevenir un mec normal et redescend tranquillement jusqu’en bas de la route. Les marmottes ont toutes leur terrier en dessous de la route et comme il n’y a vraiment pas un rat elles étaient toutes à courir au milieu du passage quand je descendais. Au moins une trentaine qui couinaient dans tous les sens. C’était marrant.

 

Pour conclure

J’ai passé une journée super. J’en ai pris pleins les yeux sur le vélo. J’en ai pris pleins la gueule quand j’étais à pieds dans la neige par contre… Je suis vraiment content de l’avoir fait. Etre monté à vélo, à pieds, à ski, en autonomie à 500m en dessous du sommet du Mont-Blanc me donne un sentiment de fierté. Certains peuvent penser que j’ai les chevilles qui enflent mais j’essaie vraiment de décrire ce que je vis et ressens pour vous donner envie de tenter des choses au moins aussi folles ! J’ai un internaute qui m’a écris l’autre jour pour me dire : « Val, j’ai vu ta vidéo du Kilimanjaro, je l’ai montré à mes parents. Tu m’as donné envie. Du coup j’ai réservé mon voyage et je pars cet été le tenter à mon tour ». C’est simplement pour recevoir des messages comme ça que j’écris sur ce blog. Je suis comme tout le monde. Je flippe ma race dans la forêt le soir, j’aime mon canapé, j’aime pas la pluie, j’ai une peur bleue des ours, etc… Tout se joue dans la tête. Si moi j’ai pu le faire, vous le pouvez aussi. Vous avez juste à vous dire qu’il ne faut pas rêver votre vie mais vous bouger le cul pour partir vivre vos rêves !

levé de soleil

Petite anecdote

On sait tous que l’altitude et le soleil, lorsqu’ils sont ensemble, provoquent un reflet des UV qui entraînent des coups de soleil assez hard. Ce que je vais vous dire n’est pas une connerie et m’est belle et bien arrivé. J’ai pris un coup de soleil sur la langue… Il y a qu’à moi que ça peut arriver des trucs pareil. 🙂
Le manque d’oxygène causé par l’altitude ainsi que la fatigue m’ont obligé à marcher la bouche grande ouverte avec la langue qui pendouille. Je m’en suis pas rendu compte sur le coup mais on le voit sur certaines photos et vidéos… Je m’en suis aperçu le soir quand le dentifrice me brûlait la langue. J’ai mis un petit moment à comprendre.
Morale de l’histoire : Pensez bien à fermer votre gueule quand vous êtes en montagne !!
Non sans déconner c’est chaud, ça fait quasiment 2 semaines que ça s’est passé et je ne perçois plus la saveur des aliments sur le bout de ma langue. J’espère que ça va revenir parce que ne pas pouvoir sentir les pépites de chocolat dans mes milkshakes aux cookies c’est quelques chose qui ne plaît pas trop…